Suivez-nous sur Facebook…

… et Twitter !

Développement personnel by Cindy

Nous sommes tous Charlie






Voici un mail venant d’une amie à moi concernant l’attentat à Charlie Hebdo :

« Un moment de grâce dans un jour sombre »

Cher(e)s ami(e)s.

Aujourd’hui était bien étrange. Il s’apprête à finir, toujours plein d’émotions contraires : de joie et de terrassement, et j’ai envie et besoin de les partager avec vous, de saluer une minute la toute puissance dérisoire de la douceur, par-delà la démence.

nous-sommes-charlie

Voici un mail venant d’une amie à moi concernant l’attentat à Charlie Hebdo :

« Un moment de grâce dans un jour sombre »

Cher(e)s ami(e)s.

Aujourd’hui était bien étrange. Il s’apprête à finir, toujours plein d’émotions contraires : de joie et de terrassement, et j’ai envie et besoin de les partager avec vous, de saluer une minute la toute puissance dérisoire de la douceur, par-delà la démence.

nous-sommes-charlie

*

J’ai mené aujourd’hui ma toute première sortie : 23 élèves de 5ème à deux expositions au musée du Quai Branly. Un succès je crois, la première expo sur le tatouage les a choqués, secoués, fascinés pour certains, la seconde, sur l’Asie, les a plutôt captivés. Il fallait leur courir après parfois, pour les ramener par la peau du dos vers la guide qui n’était pas très marrante : il faut bien admettre que la pénombre labyrinthique du musée donne bien envie de rêvasser…

Alors que nous déjeunions dans le froid et les rires, avant la seconde visite, les deux collègues qui accompagnaient et moi-même avons appris qu’un moment plus tôt, à quelques kilomètres de là avait eu lieu une fusillade dans les locaux de Charlie Hebdo dont vous aurez tous entendu parler j’imagine.
Douze morts. Tueurs en cavale vers la Seine Saint Denis (c’est à dire là où est le collège et où les gamins habitent.). Nos yeux se sont mis à faire les allés retours fébrilement entre les gosses – enfouis dans leurs sandwichs et leurs incessants débats – et les écrans de nos smartphones. Rentrer ? Rester ? Sans ordre clair du rectorat et de nos chefs, nous avons décidé de rester, et de ne pas trainer à la sortie comme nous l’avions prévu.

Dans le RER pour le retour, je n’ai jamais autant compté jusqu’à 23 de toute ma vie. Je les recomptais, encore et encore, les quittant du regard une seconde pour scruter les nouvelles discrètement. Nous avons convenu, pour éviter la panique, de ne rien dire aux enfants et de les ramener jusqu’au collège calmement – nous avons, je l’espère, très bien caché notre panique et notre chagrin.

Tout l’après midi j’ai tenté de me concentrer sur les élèves et l’expo. Je les regardais – « bouffais des yeux » est plus juste -, inquiète et émue, et j’ai pris quelques photos que je joins à ce mail. J’ai, non sans difficulté, contenu mes larmes de joie en les voyant, tous, là, rassemblés par terre, lovés dans cet antre étrange plein d’objets incongrus et incompréhensibles, qui les baladait sans cohérence ni éclairage de la Sibérie à la Syrie en passant par l’Inde, de les voir les yeux rivés sur ces objets, silencieux et attentifs : en sommes, de les voir pour un bref moment, loin et étrangers à l’ignominie qui frappait au même moment quelque part là dehors, et loin aussi de la violence totale qui ravage leur quartier et leurs vies sans jamais s’arrêter.

*

Une amie ce soir me disait, pleine de bon sens, qu’il lui semblait que la paix était encore ce qu’il y a de plus logique, qu’elle ne comprenait pas pourquoi la haine et la guerre régnaient. Je lui ai suggéré que la paix était peut-être logique pour nous, femmes à peu près structurées et rassurées à qui la vie a offert à peu près tout. A bien regarder ce que la plupart des hommes vivent, la banalité de la souffrance et de l’anéantissement, moi, il me semble que c’est la guerre est logique et la paix individuelle et collective miraculeuse, et je m’émerveille chaque matin que le monde ne se soit pas encore complètement embrasé. Je pressens confusément dans ce carnage une absurdité spirituelle mais un symptôme sociologique et historique implacable.
Je partage avec vous ce petit moment de grâce qu’a été la sortie. Pour me remettre debout d’une si terrible matinée, – je ne fais pas seulement le deuil de journalistes et de policiers, je fais le deuil de ma sérénité à vivre dans un pays où je croyais qu’il était possible de rire et d’être insolent voire grossier sans risquer sa vie, comme c’est le cas dans tellement de pays -, je me dis qu’à la folie et aux ténèbres, la seule guerre possible est la surenchère par le cœur, la résistance par l’amour et l’ascension permanente de l’Everest de soi : sa propre paix, quand la haine et la souffrance menace de nous engloutir chaque instant.
La folie ne désarme pas, elle ne s’arrête pas sur le bord de la Route pour se reposer ou reprendre ses esprits, elle ne fatigue pas et ne fatiguera jamais.
Alors ce soir, au moment de me pied-au-culter de toutes mes petites forces vers l’énergie et le calme, j’appelle humblement chacun d’entre nous à sangler fermement son labeur et sa foi – quelle qu’elle fut – contre lui, à ne rien lâcher de patience, de tendresse et de persévérance dans ce qu’il fait, à renouveler en lui une millième fois ce qui était épuisé. Il est inutile de croiser le fer avec le désir de mort, elle gagnera toujours. Mais le noir n’existe pas… il n’y a qu’absence de lumière. Alors ne lâchons rien. C’est l’hiver de tout : plus de soleil, plus d’espoir. Qu’à cela ne tienne. Soyons le printemps que nous voulons voir dehors, la foi chevillée à l’âme que les ténèbres ne passeront pas plus qu’elles ne l’ont déjà fait.

A nos douze disparus, à toutes les victimes anonymes qui n’ont pas l’honneur d’intéresser nos médias, à tous ceux qui tombent, à l’Islam et à la République démocratique (ou ce qu’il en reste.), à la banalité de la souffrance et son chemin rampant dans nos esprits et nos gestes, à la nécessité absolue de relever la tête et de répondre par la vie – je ne vois pas d’autre option…?? -. Je lève ma bouteille de whisky et ma plume.

Je serai vendredi soir à l’institut du monde arabe pour un concert soufi (qui m’aime me suive). J’ai décidé ce soir qu’en sortant du concert je remonterai la Seine à pied jusqu’à Saint Michel avec une bougie : une marche silencieuse…. qui m’aime me suive 😉

Portez-vous tous au mieux.
Prenons soin de nos désirs et de notre témérité.
Que Dieu nous garde.
unnamed
unnamed (1)
unnamed (2)
unnamed (3)

_________________________________________________
Recevez les news du site dans votre boîte mail !

 

Share Button


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.